L'EDITO DE JEAN-LUC BRIANE

Etat du marché et considérations personnelles - Octobre 2011.

Il n’est un secret pour personne que les ressources financières des collectivités territoriales, principales opératrices et source majeure de financement des projets développés en matière d’équipements sportifs et de loisirs, se tarissent au fil du temps, au gré des diverses « crises » et des différentes réformes tendant à reporter sur elles les charge que l’ Etat n’est plus en mesure d’assumer.

 

Ainsi, nous observons au quotidien que de nombreux projets, reposant pourtant sur une réelle opportunité (en réponse à des besoins réels et avérés) et une faisabilité technique dûment analysée sont bloqués, « en sommeil », pour des raisons essentiellement d’arbitrage budgétaire, et d’incapacité pour le maître d’ouvrage potentiel d’assumer le coût global (investissement + exploitation) inhérent à la réalisation de l’ouvrage.

 

N’oublions jamais que ce que l’usager ne paie pas (du fait d’une tarification sociale du service public), c’est le contribuable (qu’il soit usager ou non) qui le compensera.

 

Dans la hiérarchisation des besoins d’un territoire, se pose donc de façon encore plus cruciale le souci de classer et de pondérer les priorités : comment argumenter pour la programmation d’un espace aquatique ou d’un complexe multisports, quand il est en balance avec d’autre projets apportant une réponse à des besoins éducatifs, sociaux, de logement, de transport collectif, de voirie….pouvant être légitimement jugés comme autrement prioritaires.

 

Force est de constater que la place et la reconnaissance de certains équipements ont très sensiblement évolué : c’est notamment le cas des équipements aquatiques.

 

Ces derniers présentent certainement le spectre d'offre le plus large, tant au niveau de leurs usagers potentiels (de 0 à 80 ans et +), qu'à celui de leur représentativité sociale (tout le monde est censé pouvoir y accéder), ou sur le plan de la diversité des pratiques pouvant y être développées (de l’apprentissage du savoir nager à la compétition, en passant par des pratiques individuelles ou familiales de détente, de loisirs, d’entretien corporel…).

 

Ce type d’équipement se situe ainsi, a fortiori pour des projets intercommunaux, au carrefour d’enjeux multiples à ne pas négliger. Ce constat est à présent inscrit dans les mentalités et nombreux sont nos interlocuteurs convaincus de sa très large utilité en tant qu’équipement collectif structurant le territoire.

 

Se pose dès lors la question de son financement.

 

Face à la difficulté récurrente, de boucler le montage financier de tels projets, le réflexe premier peut instinctivement consister :

  • soit à vouloir en minimiser le coût, notamment en matière d’investissement, dans une logique politique de court terme, nous semblant peu en rapport avec les enjeux prospectifs de développement et de gestion du territoire,
  • soit à vouloir en reporter la prise en charge sur des opérateurs privés, espérés comme des messies, sachant que pour certains types d’équipements publics (ne dégageant aucune rentabilité financière), il est vain et illusoire de compter sur le mécénat ou la philanthropie de ces opérateurs : c’est donc bel et bien toujours le contribuable qui paiera - davantage - l’addition.

 

On voit également émerger des démarches « discount », avec des prestations au rabais et des annonces d’objectifs financiers difficiles (voire impossibles) à tenir, sauf à envisager des bâtiments allant à l’encontre du but recherché et ne s’inscrivant nullement dans cette démarche globale de « développement durable » tant mise en exergue ces dernières années.

 

IPK Conseil, souhaitant poursuivre ses interventions (même si elles doivent être moins nombreuses, compte tenu de l’émiettement du marché et de sa paupérisation) en restant fidèle à ses valeurs citoyennes et d’éthique partagée, assume ses positions et pose donc aujourd’hui la question : ne vaut-il mieux ne pas faire (quitte à reporter un investissement pourtant ô combien utile et attendu) plutôt que de mal faire ?

 

Loin de nous l’idée de vouloir donner des leçons à qui que ce soit, loin de nous l’idée de pousser à un investissement toujours plus lourd et irraisonné : il nous semble toutefois de notre devoir d’intervenir dans ce débat, lequel est d’autant plus nécessaire que le contexte que nous vivons est troublé.

 

La qualité des constructions publiques ne peut s'entendre sur du court terme, soyons vigilants et persuasifs afin que nos enfants et petits-enfants n’aient pas à payer au centuple les « soi-disant » économies (parfois de bouts de chandelles) que certains pourraient être tentés de préconiser.

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